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Desperate Ravings

Chat échaudé craint l'eau froide

 

Paru le 4 juillet 2020.

 

Je me permets cette petite "interlude" en marge de l'actuel fil rouge qu'est le let's play de la trilogie Mass Effect pour exprimer un peu mon ressenti sur les dernières actualités vis à vis de mon vécu à mon modeste niveau, concernant le harcèlement, les accusations sur les réseaux sociaux et tout ce qui touche à la cancel culture. Bref, tout ce qui touche aux relations sociales sur le net.

 

En l'espace des derniers mois, j'ai vu passer des cas, des affaires et des histoires de gravité plus ou moins sordides et plus ou moins crédibles. Quelques exemples de joueurs et de créateurs de contenu :

  • Josh de la guilde Method de World of Warcraft, qui aurait eu un comportement assez (très) malsain envers les femmes, quand bien même sa guilde semblait être au courant depuis quelques années, plus d'informations ici. Conséquence : l'avenir de la guilde semble compromise à quelques mois de la sortie de la nouvelle extension Shadowlands. A priori, peu de doutes à avoir.
  • Purple, GrandMaster Hearthstone, "balancé" par une joueuse sur Twitter. L'intéressé a répondu quelques jours plus tard en l'accusant de diffamation et a disparu des internets depuis. Autant on peut se poser des questions sur la véracité et la gravité des faits, autant la quasi disparition de l'accusé des écrans peut semer le doute : mal-être innocent ou honte coupable ?

Et des exemples d'artistes, qui posent aussi la question de la séparation de l'œuvre de l'artiste :

  • Noah Bradley et Terese Nielsen, dessinateurs de cartes Magic qui se sont faits couper leurs contrats avec la société éditrice Wizards of the Coast. Le premier est un prédateur assumé qui affichait fièrement les 48 lois du pouvoir de Robert Greene en fond d'écran et des excuses qui n'ont pas convaincu grand monde. La seconde a été "repérée" suivre des comptes Twitter de complotistes et autres membres de l'alt right américaine. Là encore, un tweet d'excuses qui n'a pas convaincu. Aucune de leurs œuvres ne laissaient transparaitre leurs méfaits et/ou opinions. Au passage, de (très) vieilles cartes ont été "effacées" par l'éditeur pour racisme, suite au mouvement Black Lives Matter.
  • J.K. Rowling, célèbre romancière des Harry Potter. Ses propos pour le moins discutables et discutés sur les communautés trans ont commencé par des tweets de trop peu de caractères pour qu'ensuite elle prennent le temps de s'exprimer dans un long message où elle a pu exprimer son avis de façon construite. Mais rien n'y fait et nombreux sont les appels pour la cancel.

 

Hormis dans les cas ou un faisceau de preuves et de témoignages convergent de façon évidente (dans les exemples cités Josh et Noah Bradley), j'ai une opinion assez passive là-dessus, dans le sens où je ne me sens pas forcément légitime de donner mon avis sur des sujets que je ne maitrise pas, et je préfère lire, écouter les arguments des uns et des autres pour mieux comprendre les enjeux, et de ne pas céder au manichéisme et à l'hystérisation des réseaux sociaux.

 

Mais le fait est que, malgré tout le mal qu'on puisse penser de la justice populaire des réseaux sociaux, rares sont les cas de genre qui ont été remis en doute avec succès, le seul exemple qui me vient en tête étant celui de Johnny Depp et Amber Heard. Il doit aussi y avoir un certain nombre d'exagérations dans certains cas mais le consensus est qu'il n'y a pas de fumée sans feu, et que les victimes ne sont pas encore assez écoutées et prises au sérieux, voire même sont encore trop souvent blâmées. Mais est-ce qu'en même temps, on ne minimiserait pas un peu trop les conséquences du bashing et du harcèlement des réseaux sociaux de certains accusés ?

 

Et c'est précisément de ça que j'aimerais parler ici : de la facilité déconcertante de faire de la fumée sur Internet et de la facilité à amplifier le moindre propos ou geste et à finir pour passer pour ce qu'on n'est pas, surtout dans des caisses de résonnance où on communique par tweets, messages, posts et statuts interposés et où et les gens ont tendance à se méfier au moindre signe de fumée visible, et ça, je ne pourrais pas leur en vouloir. Et comme je l'ai appris dans mes expériences de jeu en ligne, les échanges de textes dans un chat sont souvent plus bruts et moins nuancées qu'un échange vocal, même sans le visu - surtout lorsqu'on écrit sur un clavier de smartphone !

 

Bref, comme le dit le titre, chat échaudé craint l'eau froide.

 

Mais on peut être harcelé et se faire pourrir la vie sans être impliqué en tant que victime ou accusé dans une affaire de la teneur que celles que j'ai mentionné, ne serait-ce qu'en étant membre actif d'un groupe de personnes - à commencer dès le plus jeune âge à l'école, avec le harcèlement scolaire. Mais dans des communautés où l'anonymat est facile, cela peut aller très, très loin, jusqu'au suicide. Reckful était un pilier du streaming sur World of Warcraft et Hearthstone qui a été la cible de propos très hard très durs à encaisser, aussi bien en public qu'en privé, et il a fini par en succomber.

 

Plus proche de moi, j'ai récemment échangé avec des connaissances de Magic sur des anecdotes pas vraiment joyeuses sur leur enfance, que ça soit en contexte scolaire ou familial. Ce qu'il en ressortait, c'est que rares sont ceux qui n'ont jamais eu de problèmes à un moment dans leur vie, et que les exprimer aide à s'ouvrir aux autres, à s'en sortir et à se sentir mieux. Et c'est ce qui m'a finalement convaincu d'écrire ce message pour raconter mes doutes, mes erreurs, et touts les autres choses qui me travaillent dans la tête depuis des années.

 

***

 

J'ai un passif scolaire sur lequel je ne vais pas revenir en détail mais qui a eu pas mal de conséquences pour la suite, avec notamment un passage par les classes préparatoires aux grandes écoles qui a fait de moi une sorte de "bête de concours" avec un mindset compétitif, y compris en dehors du contexte éducatif. Je considérais alors l'empathie et le fait de faire confiance aux autres généralement comme une faiblesse qui pouvait se retourner trop facilement contre moi, du coup je m'isolais et m'enfermais consciemment par choix, ce qui fait que je n'ai jamais eu beaucoup d'amis et de personnes proches, et encore moins de longue date, de cette période.

 

Cet esprit de compétition à toute épreuve, je l'ai gardé notamment dans mes pratiques ludiques et vidéoludiques, sur World of Warcraft notamment où j'avais rejoint une guilde compétitive. Mais, à la longue,  je n'arrivais pas à m'intégrer dedans et je m'ennuyais. En parallèle, j'avais intégré une team de joueurs Magic papier grâce à laquelle j'ai pu faire mes premières grosses performances, et ça, je le dois grandement à l'entraide et à l'émulation qui y régnait. J'ai fini par quitter la guilde World of Warcraft dans laquelle je n'avais aucun lien pour revenir aux sources sur un serveur rôleplay qui fait la part belle aux interactions entre joueurs, et minimiser l'esprit compétitif aux tournois Magic à enjeu.

 

Je découvre rapidement toutes les choses dont je me privais en m'entêtant à rester dans mon mutisme et dans ma solitude. Je savais que je partais avec un déficit d'expériences sociales à cause de mon passif, mais j'étais déterminé à le rattraper… Peut être trop en fin de compte.

 

Je n'ai pas eu de mal à intégrer mon personnage dans le contexte du jeu, mais mon intégration en tant que joueur fut plus longue et plus délicate. D'une part, la plupart jouent ensemble depuis plusieurs années et certains, au fil du temps, ont fini par se connaitre en dehors du jeu. Ils n'ont de fait aucun besoin de connaitre de nouvelles personnes en dehors de leur cercle. D'autre part, suite à certaines mauvaises expériences, certains ont développé une forme de méfiance qui les rend de prime abord hostile aux inconnus, et appliquent à la lettre le proverbe titre de l'article. Parce que oui, il y a des personnes mauvaises sur les Internets mais à l'époque j'étais quelque peu naïf et innocent, les licornes et les arc-en-ciel, tout ça.

 

Tout cela m'a quelque peu frustré et refroidi au premier abord. N'ayant aucun "bagage social" et aucune connaissance qui joue également, je n'étais que le simple joueur extérieur avec qui on interagissait pour le rôleplay et pour les donjons de groupe, mais ça n'allait pas plus loin : le reste du temps, je me retrouvais tout seul à farm. A côté du leveling de mon personnage, j'avais également un leveling implicite social à effectuer pour m'extraire de ce contexte de jeu solo avec parfois un peu d'interactions qui n'aurait pas été fondamentalement différentes si c'était avec des PNJ, un peu comme les systèmes de groupage automatique sur les MMO modernes. Sur un jeu en ligne communautaire typé "rétro", c'est quand même dommage, non ?

 

J'aurais très bien pu lâcher l'affaire, arrêter le jeu et trouver autre chose à faire, mais j'appréciais beaucoup le jeu en lui même sur lequel j'étais pas mal investi en participant sur différents forums et à tenir un blog d'actualités et de conseils gameplay. Et certaines joueuses et joueurs ont des personnalités qui m'ont donné envie de davantage les connaitre en échangeant avec. J'ai donc persisté et tenté d'entrer en contact avec eux directement, avec de prime abord un accueil plutôt froid et réservé. Parfois, mes whisps étaient restés sans réponse et je culpabilisais alors qu'ils pouvaient très bien être occupés à autre chose (vie de famille à la maison par exemple) ou pas d'humeur à répondre, ou simplement l'envie d'être tranquille à enchaîner du mob à tour de bras, tout ça sans que ça ait de rapport avec moi.

 

Du coup, j'ai insisté, parfois lourdement, ce qui n'a rien arrangé à la perception que les autres se sont faites de moi. Mais avec les mois voire les années, notamment grâce à mon investissement pour la communauté avec le blog, je suis tout de même parvenu au final à échanger et à tisser quelques débuts de liens. Même si c'est resté finalement assez restreint, j'ai beaucoup appris et élargi mes horizons de pensée sur pas mal de sujets. Pour ça, je leur en serait toujours reconnaissants. Avec le recul, il était possible que je me fasse trop d'illusions sur ces fameux "cercles de connaissances" qui se sont créés en dehors du jeu.

 

Cependant, à cause de ce passif de jeunesse, j'avais du mal à trop m'ouvrir en échange, ce qui a pu ne pas être forcément bien pris et a pu éveiller de la méfiance : des personnes ont partagé avec des choses sur eux tandis que je restais terré dans une sorte de paranoïa, et avec le recul, c'était complètement idiot de ma part. Ceci étant, j'ai pu partager pendant un an une collocation avec une ancienne connaissance de jeu depuis une dizaine d'années que j'ai retrouvée.

 

Eventuellement, j'ai fini par monter d'un cran dans mon investissement dans le jeu en intégrant l'équipe du serveur dans la partie développement et équilibrage. Autant j'ai pu avoir des divergences d'opinion lorsque je participais aux discussions de forum avec certains, autant en tant que membre de l'équipe, je me suis retrouvé exposé en première ligne. Autant j'ai pu exprimé mon potentiel et mes idées pour le jeu qui ont généralement été appréciées et saluées et j'ai pris les devants pour assurer niveau communication et écoute du feedback des joueurs, autant je me suis senti peu à peu isolé vis à vis des connaissances en jeu par un certain devoir de réserve que je me suis moi-même imposé, le jeu ayant un passif de membres de staff peu scrupuleux qui se sont rendus coupables d'actes de copinage, de corruption voire parfois d'actes beaucoup plus graves.

 

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités", disait l'oncle de Spiderman. Et au fil des mois, je me suis retrouvé confronté au "second effet Kiss Cool" d'avoir un temps de jeu et un investissement sur mon blog réduit. De plus, j'ai quelque peu perdu le gout du farm étant donné que je n'avais plus rien à découvrir. Le temps que je passais en jeu, je voulais continuer d'incarner mes personnages en rôleplay, et discuter avec les gens que j'apprécie de la pluie et du beau temps, pour décompresser entre deux développements et débats internes dans l'équipe. Et c'était d'autant plus délicat qu'il y a eu certains comportements et des décisions de l'équipe auxquelles mes contacts et moi-même n'adhérons pas du tout mais je suis tout de même resté en pensant pouvoir continuer à œuvrer pour le bien du serveur et de son équilibrage. Sauf qu'en restant dans l'équipe à ce moment là, je montrais non seulement mon soutien envers ces décisions, mais aussi une certaine tendance à renier mes principes en m'accrochant à mon siège, tel un politicien carriériste et cumulard.

 

Et surtout, cette exposition et les décisions que j'ai pu prendre et qui n'ont pas forcément été du goût de tout le monde (ce qui est normal, impossible de faire l'unanimité), j'ai fini par me la prendre en pleine poire. J'ai été exclu d'une guilde où je me trouvais sur base de fausses accusations de comportement de prédateur. J'ai également été accusé d'utiliser frauduleusement les informations auxquelles j'avais accès en tant que membre du staff pour espionner les dires de certains joueurs, pour satisfaire une certaine curiosité maladive, alors que je ne me suis jamais livré à ce genre de choses. Le seul moment où j'ai pris l'initiative de mener un début d'enquête, toujours sans regarder un log de dialogue, c'était dans un cas d'utilisation récurrente d'un personnage secondaire caché pour capter les conversations rôleplay dans certaines villes du jeu. J'ai toujours eu de bonnes intentions et je voulais bien faire, même si ce n'était pas dans mes prérogatives de développement, mais comment les autres pouvaient le savoir ? En étant ainsi dépeint comme une personne hautement toxique et infréquentable, j'ai fini par me faire cancel par une grande partie des contacts et amitiés que j'avais nouées, auxquels je pense et je regrette encore aujourd'hui.

 

En réalité, j'ai largement sous estimé le pouvoir de nuisance que certains peuvent développer. D'autant plus qu'étant communicatif et transparent sur mes actes, il aura été simple de cibler mes points sensibles pour me déstabiliser. Et ça a fonctionné à merveille.

 

Mais quelque part, je suis aussi coupable de par le comportement décrit dans les premiers paragraphes de forcing qui a rendu ces accusations plausibles et convaincantes. J'ai aussi péché par manque d'expérience dans les rapports sociaux en restant trop réservé et en n'offrant rien en échange à ce qu'on m'a offert. Et aussi par naïveté en faisant confiance trop facilement aux mauvaises personnes qui ont fini par me trahir, et pas assez à celles qui le méritaient vraiment. 

 

J'aurais probablement également du remettre ma démission à partir du moment où j'estimais la situation intenable. Ou même, j'aurais du me garder de m'investir dans une équipe de serveur, et de rester un simple joueur investi, jamais je n'aurais eu à faire face à ces problèmes ?

 

Dans tous les cas, je tiens à m'en excuser sincèrement et profondément pour tous les dégâts que cela a pu causer sur des gens avec qui j'apprécier échanger pendant cette période. Vous me manquez.

 

J'ai eu par la suite l'opportunité de rejoindre un nouveau projet de serveur rôleplay. J'ai accepté, en pensant pouvoir ainsi faire ma rédemption, faire taire les rumeurs et montrer que je suis une personne digne de confiance. J'ai fait ce que j'ai pu à mon niveau dans le design gameplay mais le serveur ferme après à peine un an d'activité, malgré tous les efforts de l'équipe technique et le temps passé à résoudre les soucis notamment de manque de contenu. Je me suis en tout cas énormément investi dessus en faisant preuve d'abnégation quitte à y perdre un peu de sanité dans l'espoir à terme de redorer mon blason, et de toutes évidences, j'ai échoué.

 

A certains moments, j'ai été chercher du soutien et du réconfort aux collègues de l'équipe sans chercher à socialiser plus que nécessaire, refroidi par les derniers évènements, sans succès. Pour me divertir j'ai essayé de jouer de façon très épisodique l'espace de quelques mois avant d'être mal à l'aise à l'idée de jouer mon personnage à cause de ce qu'il est devenu dans son rôleplay, et de me retrouver isolé en jeu. Inutile de dire qu'étant ainsi reclus de peur de retomber dans les travers passés, c'était difficile et éprouvant, et j'ai été dévasté pendant pas mal de mois. Je me suis rendu compte à quel point le fait de s'investir dans des projets communautaires pouvait être à ce point ingrat.

 

C'est à ce moment là que j'ai commencé à m'intéresser aux streams en tant que spectateur, pour me divertir, me vider la tête et oublier tout ces tracas. La liste des streamers que j'ai regardé seraient trop longue à faire ici mais c'est en partie grâce à eux si j'ai pu me relever. Une bonne partie d'entre eux m'ont beaucoup inspiré sur ce que je suis devenu aujourd'hui.

 

Quelques années plus tard, je me suis laisser aller à un court retour aux sources dans un staff serveur avant de partir par manque d'intérêt : le rôleplay a disparu et je ne connais plus personne qui y joue encore. Mais c'est à cette occasion que j'ai commencé à moi même streamer, pour la communication du serveur, présenter les nouveautés du serveur, répondre aux questions-réponses des joueurs.

 

Au final, c'était une rampe de lancement puisque j'ai continué mon petit bonhomme de chemin à faire régulièrement des lives, avec ou sans audience, comme une évolution logique et complémentaire de mes écritures bloguistiques, en me disant je verrai bien où cela me mène. Je pensais au départ jouer à divers jeux de cartes mais ce sont les découvertes de jeux qui m'accrochent davantage, à commencer par Mass Effect, saga qui m'a été conseillée par pas mal de contacts dont certains que j'ai perdu à cause de toutes ces histoires, et qui m'accroche tellement que je tiens un let's play textuel à jour pour immortaliser ma découverte, épisode après épisode.

 

Et à mon rythme, au fur et à mesure de mon aisance, je me suis de plus en plus ouvert, à partager de plus en plus de choses. Le dernier "verrou" en date que j'ai fait sauter, c'est la caméra, ce qui a été pendant très longtemps pour moi un gros blocage psychologique.

 

***

 

Maintenant que j'ai raconté tout ça, ne vous méprenez pas, le but n'est absolument pas de me placer en victime ou d'inspirer la pitié, bien au contraire : il y a plus grave, et je ne peux en vouloir qu'à moi-même que de m'être mis dans cette situation, par naïveté mais parfois aussi par paranoïa. Je me suis longuement remis en question et réfléchi sur ce qui m'a amené dans cette situations, les causes racines, pointé du doigt ce qui n'allait pas. Et aujourd'hui, j'ai l'esprit suffisamment clair pour écrire les résultats de cette introspection. Toutes ces expériences m'ont enseigné plusieurs leçons sur la façon d'aborder les relations sociales.

 

La principale, c'est que mes interlocuteurs ne savent pas ce qui se passe dans ma tête. Quoi que je dise et quoi que je fasse, je peux avoir toutes les bonnes intentions du monde, mais ça, il n'y a que moi qui le sait. De plus, personne ne réagit de la même façon, il y a des gens plus ouverts ou plus méfiants que d'autres, et ça, c'est à moi de m'adapter.

 

Dans certaines de mes interactions et de mes communications vis à vis du jeu, j'ai pu donner l'impression d'avoir la science infuse en ayant certaines positions tranchées. J'insiste sur le fait que ça concerne le jeu, rien à voir avec des positions morales ou politiques mentionnées au début du message. Là aussi, avec le temps, j'ai mis de l'eau dans mon vin.

 

J'ai très vite appris à laisser les gens respirer. Et tant pis si je dois me retrouver isolé pendant un moment. Parfois, il peut arriver qu'ils ne soient pas d'humeur, qu'ils ont passé une sale journée au boulot, ou peu importe la raison. Le pire dans tout ça est d'insiste en essayant à tout prix de savoir pourquoi : c'est on ne peut plus intrusif et malsain. Bien souvent, et contrairement à ce que je pensais à l'époque, je n'en suis pas la cause. Dans le même ordres d'idées, demander des choses sur une personne à une autre, c'est généralement une très mauvaise chose à faire. Cela peut être très mal vu, comme de l'obsession, du voyeurisme, de curiosité déplacée, j'en passe et des meilleures.

 

Tout finit par se savoir. La culture du secret apporte plus de mal que de bien. J'ai essayé de jouer des personnages secondaires sur le serveur rôleplay sans dévoiler mon identité en tant que joueur, mais ça m'a vite mis mal à l'aise et j'en suis très vite revenu.

 

Le partage, c'est dans les deux sens. Si le courant passe avec une personne qui me dévoile des choses sur elle alors que reste totalement verrouillé de mon côté, peu étonnant qu'elle ne veuille pas continuer à interagir, ne serait-ce que des choses basiques comme les noms et prénoms. J'admets avoir été intimidé lorsque ça m'est arrivé, mais ça tenait plus du manque de confiance en moi que j'ai pu développer à cause de mon passif qu'autre chose, mais ça, la personne n'est pas supposé le deviner…

 

Et enfin, on ne peut pas être ami avec tout le monde. Il faut éviter de ratisser trop large et de se retrouver au beau milieu de disputes entre deux amis qui ne peuvent pas se voir entre eux et de se retrouver d'être lâché par les deux à la fois parce qu'on est vu comme un suppôt de l'autre. Ca m'est encore arrivé il n'y a pas si longtemps d'ailleurs, et c'est très douloureux d'être ainsi jugé. Ce n'est pas parce qu'on entretient des relations avec quelqu'un qu'on cautionne tout ce qu'il peut dire ou faire. Mais c'est comme ça, les gens peuvent réagir ainsi et il faut faire avec, tant bien que mal.

 

***

 

Aujourd'hui, je me prends un peu le contrecoup de l'épisode confinement/déconfinement. Auparavant je voyais plus de monde au travail, on sortait souvent manger le midi, faire des afterworks… Là, télétravail oblige, je ne vois quasiment plus personne. Du coup, j'ai eu beaucoup de temps pour ruminer et à réfléchir sur toutes ces choses, comme l'intolérance de l'intolérance, de la séparation de l'œuvre et de l'artiste, du bien fondé de la cancel culture et du harcèlement que subissent certaines personnes et certaines catégories jetées en pâture sur le net, et j'en passe.

 

Je me suis retrouvé accusé de choses horribles et subi les conséquences d'actes que je n'ai pas commis, et ce à cause de mes maladresses et de mon manque d'expérience qui ont fait qu'elles sont passés pour plausibles, j'en ai beaucoup souffert et je me suis senti forcé de m'isoler de honte par rapport à ce pour quoi certaines personnes mal intentionnées sont parvenues à me faire passer.

 

J'ai eu le privilège de rencontrer des personnes qui se sont ouvertes à moi et qui m'ont tendu la main, avec qui j'ai pu avoir des discussions enrichissantes et qui m'ont permis d'élargir mes horizons, de devenir une personne meilleure, et dont les propos et la conduite m'inspirent et m'influencent encore aujourd'hui. Et ça, je ne l'oublierai jamais. J'en ai rencontré d'autres depuis certes, mais j'aurais tellement aimé reprendre contact et rattraper tout le temps perdu et enfin mettre derrière moi tout ça, de discuter avec eux de tout ces sujets que je rumine depuis quelques temps et d'avoir leur point de vue. Mais plus le temps passe, plus je risque de devoir malheureusement en faire le deuil.

 

Et tout ça avec l'isolation du confinement, ces pensées ont repris une place de plus en plus importante, et voyant des gens proches de moi exprimer ce qu'ils ont sur le cœur, je me suis dit qu'il était temps que je mette des mots sur ce que j'ai en tête depuis des années et que je les exprime, que je les partage. J'ai longtemps pensé que c'était une faiblesse que de se "rabaisser" à ça, et que les gens n'ont pas forcément envie de lire de tels états d'âmes. Le fait que je m'exprime là dessus de façon ouverte, c'est un nouveau verrou psychologique qui saute.

 

Encore une fois, je ne cherche pas à inspirer la pitié ni à me placer en victime. Il y a probablement pas mal de personnes qui ont connu plus grave. J'ai fait des erreurs, j'en ai appris beaucoup, j'en mérite probablement les conséquences, je suis probablement encore loin d'être parfait aujourd'hui sans doute. Encore une fois, je présente mes excuses aux personnes à qui j'ai pu causer du tort ainsi.

 

Mais je n'aime pas l'idée véhiculée par la cancel culture et des fonctionnalités de blocage des forums et autres réseaux sociaux et de leur côté permanent et définitif qui implique forcément qu'une personne ne changera jamais d'avis et ne pourra jamais se repentir quoi qu'il arrive. Même le proverbe chat échaudé craint l'eau froide n'implique pas cette idée de jugement définitif.

 

Et ce n'est pas parce qu'une personne a été incorrecte pendant une période donnée qu'elle ne se remettra jamais en question. Ce n'est pas parce qu'une personne a certaines fréquentations qu'elle partage tout avec, on peut apprécier quelqu'un sans pour autant tout cautionner ce qu'il dit et fait, en ayant des goûts et des opinions différentes, c'est ce qui fait la richesse et la complexité des relations sociales. Je n'aime pas les amalgames et les généralisations, et j'ai l'impression que c'est vers cela que convergent les conversations sur les réseaux sociaux, où la nuance est portée disparue, et je le déplore.

 

La meilleure façon de connaitre quelqu'un, c'est encore de discuter avec, et me concernant, j'ai toujours été ouvert à la discussion. Alors n'hésitez pas ! J'écris sur ce blog, je stream, je partage mes expériences, j'interagis avec le peu de spectateurs que j'ai mais peu m'importe la quantité.

 

En tout cas, merci d'avoir lu tout ou partie de ce message probablement beaucoup trop long, et n'hésitez pas à venir me parler, de discuter sur ce que tout ça vous inspire. A bientôt, prenez soin de vous. Et bisous.

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